Découvrir une ville en cherchant l'être aimé.
Un partenaire (conjoint, conjointe, ami, amie ou relation extra-conjugale).
Une destination.
L'inviter à venir passer le même week-end dans la même ville étrangère
mais sans lui fixer rendez-vous. S'y rendre, chacun de son côté, par
des moyens de transports différents. Se chercher dans la ville...
Vous avez trouvé le/la partenaire idéal(e), l’érotourisme
vous offre une chance de le/la retrouver à nouveau. Avec Maïa,
son épouse et collaboratrice, Joël Henry a réussi cette
expérience six fois, dans six lieux différents (notamment Heidelberg,
Baden-Baden et Nice). Il tient toutefois à préciser que le résultat
de l’expérience n’est en rien un gage de réussite,
ou d’échec, du couple. D’ailleurs, les couples qui ne se
retrouveraient pas auraient sans doute une foule de choses intéressantes à se
raconter au retour.
Remarque : il est recommandé aux couples nouvellement formés
d’attendre de se connaître un peu mieux avant de tenter l’expérience à Shanghai
ou à
São Paulo.
Expérimentateur : Joël
Henry, Venis, Italie

Venise est un endroit idéal pour pratiquer l’érotourisme.
C’est, dit-on, la ville de l’amour et l’amour est l’espèce
de GPS intime qui doit permettre aux amants égarés de se
retrouver, même dans ce dédale qu’est la Sérénissime.
En attendant, quand vous débarquez du vaporetto sur la piazza
San Marco, vous ne donnez pas cher des chances de revoir rapidement votre
dulcinée arrivée trois heures plus tôt à la
gare Santa Lucia. Si le train n’a pas eu de retard… Une
chose est sûre, agoraphobe, elle n’était sûrement
pas mêlée à la foule de touristes qui nourrissaient
les pigeons, se faisaient numériser devant le pont des Soupirs
ou se disputaient âprement les rares tables qui se libéraient
au Florian ou au Harris bar. « Hemingway was here. » Hemingway
peut-être, mais Maïa où était-elle ? Une seule
solution, la chercher au hasard. Enfin, pas tout à fait. Depuis
plus de vingt ans que nous vivons ensemble je connais un peu ses goûts,
aussi me mis-je à inspecter sur
ma route toutes les galeries d’art, librairies et églises
Renaissance… Le problème, c’est que si pendant ce
temps-là elle adoptait la même stratégie et explorait
de son côté mes endroits de prédilection, ça
pouvait durer longtemps. Or, comme elle me l’apprit plus tard,
c’est exactement ce qu’elle avait fait en prospectant méthodiquement
les
caffè,
bacari,
cantina et
taverna de Venise. L’idéal
pour se retrouver est de déceler les lieux dont nous raffolons
tous les deux, par exemple les jardins botaniques. Mais il n’y
en a pas à Venise.
Évidemment nous n’avions aucun moyen de communiquer, pas
de téléphone portable. J’avais quand même emporté une
photo d’elle que je montrais de temps en temps, interrogatif, à des
Vénitiens engageants. Ils ne comprenaient pas très bien
pourquoi. À l’Accademia, un gondolier de
traghetto a même
insisté pour me donner quelques lires avec commisération
mais pas le moindre renseignement susceptible de me mettre sur sa trace.
J’ai aussi essayé de la guetter sur le pont Rialto, un point
de passage obligé à Venise. Mais il est impossible de s’y
tenir debout immobile tant la foule est compacte. Elle vous entraîne
illico trois
calle plus loin.
Au bout de quelques heures de recherches infructueuses mais certain qu’elle était
là, quelque part dans la ville, un curieux phénomène
s’est produit, je la voyais partout et me précipitais sur
des femmes perplexes que de loin j’avais prises pour elle.
La nuit tomba. Nous avions fait chou blanc et je broyais du noir. J’imaginais
ma belle enlevée par un de ces princes vénitiens m’as-tu-vu
avec des yeux de braise, une gondole privée et un palazzo sur
le Grand Canal. Aussi c’est fourbu et découragé que
je me traînais dans la calle dei Fabbri à la recherche d’un
hôtel pas trop cher, quand soudain je la vis. De dos. C’était
bien elle, attablée seule derrière la vitre d’une
petite
osteria en train de picorer dans une assiette de penne rigate
tout en guettant le flot des passants qui venaient d’en face. Le
cœur battant, je tambourinai sur le carreau. Elle se retourna vivement.
Nos regards se croisèrent… et quels regards ! Un vrai coup
de foudre bis. Pas de doute nous étions drôlement heureux
de nous retrouver… et de finir en amoureux cette virée à Venise.