
« Le tourisme expérimental échappe à la définition.
Il peut cependant être approximativement défini comme une façon
amusante de voyager, pour laquelle la méthodologie du voyage est claire
mais la destination parfois inconnue. Toutes les destinations – de l’îlot
de circulation à l’îlot tropical et de la piste de ski à la
piste cyclable – sont égales face au tourisme expérimental.
Il peut se pratiquer à domicile comme à l’étranger
et ne requiert pas de réserves financières importantes. Il ne
peut en revanche se concevoir sans un esprit aventureux. »
Pour en savoir plus sur le voyage expérimental, découvrez l'Érotourisme,
le Trip Poker, le Voyage
au bout de la ligne ou le Baroudage à domicile ou
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Interview des deux auteurs, Joël Henry et Rachael Antony
Avez-vous des conseils à adresser aux voyageurs voulant se lancer dans
le tourisme expérimental ?
Joël : Surtout se faire plaisir et ne pas hésiter à inventer
ses propres règles du jeu.
Rachael : Amusez-vous, et n’ayez pas peur de pousser les expériences
plus loin. Soyez libre de garder le sens du jeu et de bousculer les règles
et les énoncés quand bon vous semble.
Le tourisme expérimental requiert-il un équipement
particulier ?
Joël : Pas grand-chose. Un dé peut être utile mais une
pièce de monnaie pour tirer à pile ou face fera aussi bien
l’affaire. Personnellement j’aime partir avec un vélo
pliable que je peux facilement emporter dans les trains, métros, trams,
bus et qui m’offre une liberté et une mobilité accrues
dans les déplacements urbains.
Rachael : Une bonne ouverture d’esprit est la seule composante essentielle,
même si un solide crédit de miles acquis en tant que voyageur
fréquent auprès d’une compagnie aérienne s’avérera
sans conteste utile pour réaliser certaines des expériences
les plus exotiques. Quoi qu’il en soit, toutes les expériences
de ce livre, y compris les plus lointaines, peuvent être adaptées à la
ville où vous résidez. L’argent, pour une fois, ne compte
pas.
Avez-vous trouvé les règles du tourisme expérimental
contraignantes ?
Joël : Ce qui caractérise le tourisme expérimental c’est
justement d’être une forme de tourisme sous contraintes. Mais
paradoxalement ces contraintes procurent souvent un incomparable sentiment
de liberté et rendent plus disponible aux surprises du voyage. Elles
ouvrent quelquefois de nouveaux horizons. Certaines formules comme l’aléatourisme
ou le monopolytourisme qui font beaucoup appel au hasard conduisent à voyager un, deux, trois jours… sans
avoir à prendre la moindre décision. C’est une expérience
beaucoup plus rare et surprenante qu’il n’y paraît.
Rachael : D’après mon expérience, et après avoir
travaillé avec les expérimentateurs qui ont contribué à l’écriture
de ce livre, j’estime que les règles favorisent davantage la
création qu’elles n’imposent de contraintes. Elles ont
un impact créatif et positif.
Les règles sont visiblement partie intégrante de l’expérience.
Certes. Mais peut-on tricher ?
Joël : Tricher ne nuit pas au jeu. C’est juste une autre façon
de le poursuivre. L’idée, c’est de se faire plaisir, alors
si vous prenez plaisir à tricher, trichez ! Après, c’est
une question de dosage : à trop s’éloigner de la contrainte
elle risque d’être moins opérante. Mais si le fait de
tricher un peu améliore la formule, alors il ne faut pas hésiter.
Rachael : L’élément important à garder à l’esprit
est que les règles sont là pour aider, guider ou étendre
l’intérêt de l’expérience, non pour vous
faire passer un mauvais moment. N’hésitez jamais à improviser
!
Un guide du tourisme expérimental comme celui-ci n’est-il pas
opposé à l’esprit du tourisme expérimental ?
Joël : Non, tant que ça n’est pas une bible, mais un petit
bouquet d’expériences et quelques témoignages pour mettre
l’eau à la bouche. Il faut le considérer simplement comme
une invitation à aller voir ailleurs et autrement, et une incitation à créer
ses propres jeux autour du voyage.
Rachael : Ce livre est un « guide » dans le sens le plus léger
du terme. Il ne fournit que le point de départ de voyages potentiels.
Il n’a pas réellement été écrit dans le
but d’être suivi à la lettre ou lu de bout en bout. À moins
d’en faire un jeu en soi…
Pensez-vous que le tourisme expérimental est promis à un
brillant avenir ?
Joël : Difficile à dire… C’est
un peu comme explorer une ville selon les règles du tourisme alternatif
ou de l’aléatourisme : vous ne savez pas d’avance
où cela va mener mais c’est finalement une question tout à fait
secondaire.
Rachael : Il semblerait que le nombre de personnes
usant de gadgets high-tech comme les GPS ou les téléphones
mobiles dans leurs expériences
de tourisme expérimental, ou dans la création de nouvelles
formes, soit en augmentation. La technologie peut être mise à contribution
de nombreuses façons : de l’application de base d’un GPS
dans le tourisme sous confluence ou de son utilisation artistique
ou politique pour dessiner des lignes dans un paysage à l’emploi
d’un téléphone mobile pour mettre échec et mat
son partenaire sur un échiquier de la taille d’une ville…
Avez-vous connu des aventures exceptionnelles durant vos voyages expérimentaux
?
Joël : Il y a quelques années, avec Maïa, ma compagne, nous
avons testé l’aléatourisme à Rome. Cette randonnée
linéaire de A à Z, de la via Abate Ugone à la via Zuchelli,
passait par Trastevere, un quartier populaire en train de monter. Au détour
d’une rue nous sommes tombés sur une petite galerie d’art
où l’on vernissait une exposition d’œuvres de Yoko
Ono. Nous sommes entrés pour nous mêler à la petite trentaine
de personnes qui papotaient en sirotant du Spumante. Une demi-heure plus
tard Yoko Ono herself apparaissait sous les flashs. J’ai profité d’un
blanc de mondanités pour m’approcher d’elle et j’ai
tenté en vingt secondes et en mauvais anglais de lui expliquer ce
qu’était le Latourex. Je lui ai aussi remis une carte postale à nous
retourner dans le cadre d’un projet qui était alors en cours.
Ce qu’elle a fait quelques jours plus tard.
Rachael : L’un des intérêts du tourisme expérimental
est qu’il fait évoluer l’expérience que nous avons
d’un lieu en parallèle avec nos attentes. En d’autres
circonstances, se trouver par exemple dans une zone industrielle serait dénué de
tout charme ou constituerait une mauvaise expérience. En revanche,
lorsque vous recherchez activement ce type de lieux durant vos voyages, vous êtes
libre de les apprécier pour ce qu’ils sont et, qui sait, vous
pouvez en venir à les apprécier. Toutes les destinations sont
dès lors égales. C’est le plus fascinant à mes
yeux : une fois libéré des attentes du tourisme « traditionnel »,
le monde s’ouvre devant vous.
Quelle a été la plus mémorable de vos expériences
de tourisme expérimental ?
Joël : Le cécitourisme. C’est la plus dure, je crois, mais
aussi l’une de celles qui procurent les émotions le plus fortes.
Rachael : Même si je n’ai pour finir
abouti nulle part, emmener une ligne en promenade s’est révélé être
une expérience étonnamment riche, du moins à ma petite échelle
personnelle.
Les auteurs
Joël Henry
Journaliste et rédacteur, Joël Henry est né à Strasbourg
en 1955. Il a depuis été photographe, travailleur social, bouquiniste,
inventeur de jeux de société et organisateur de manifestations
insolites, dont deux biennales d’art comestible et une exposition d’œuvres
d’art réalisées dans des Photomaton. Il a créé le
Latourex (LAboratoire de TOURisme EXpérimental) avec deux
amis, en 1990.
Pour ce livre, Joël a partagé ses conceptions du tourisme expérimental
avec nos intrépides contributeurs, a retesté et relaté ses
exploits des quinze dernières années. Il s’est ainsi
embarqué dans une série d’aventures qui l’ont vu
notamment :
1/ chanter sur La Mélodie du bonheur en Autriche ;
2/
entreprendre une quête romantique à Venise ;
3/ voyager les
yeux bandés à Luxembourg.
Rachael Antony
Rachael Antony, journaliste indépendante établie à Melbourne
(Australie), a débuté ses voyages expérimentaux par
le sous-continent indien, en 1978 (elle était alors âgée
de 4 ans). Elle s’est depuis attachée à explorer la planète
en mêlant travail et agrément, ce qui l’a amenée à faire
l’expérience d’une grande variété d’aventures.


