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Flash-Back sur la route des Hippies

Ce texte de Tony Wheeler, fondateur des guides Lonely Planet, est extrait de "Toute l'Asie", ouvrage disponible en librairie en octobre.
C’était au temps du Magic Bus, des chemins de Katmandou, du royaume de Siam, de Bénarès et de Goa, où toutes les influences convergeaient et les planètes s’alignaient pour annoncer l’ère du Verseau. Alors, l’espace d’un instant, les choses changèrent. Et l’on commença à faire la route vers l’Asie.
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Si les voyages évoluèrent à la fin des années 1960 et au début des années 1970 ce fut d’abord pour des raisons bêtement prosaïques : démographiques, économiques, historiques et technologiques. Les transports aériens arrivaient à maturité : les jumbo-jets commençaient à sillonner les cieux et le prix des billets baissait énormément. Les baby-boomers qui sortaient de l’adolescence (j’en étais) entamaient leur premier grand voyage en solo.
Et comme ils étaient très nombreux, tout ce qu’ils faisaient avait un gros impact. Ils étaient aussi bien mieux lotis que les générations précédentes, et vivaient une période particulièrement longue sans conflit majeur. Contrairement aux 21 années séparant les deux guerres mondiales, marquées par la crise économique sans précédent de la grande dépression, les graphiques économiques ont affiché une ligne ascendante toute droite montrant l’accroissement de la prospérité durant les 26 ans séparant la fin de la Seconde Guerre mondiale et mon départ, à 25 ans, vers l’Asie et au-delà. Mais il y avait aussi de la magie dans l’air. Sur la route, de Jack Kerouac, paru en 1951, était dans tous les sacs à dos dans les années 1960, avec les romans d’Herman Hesse. Les Beatles étaient en Inde et les vêtements indiens, dans les quartiers branchés de Londres et de San Francisco. La révolution aussi était dans l’air, dans les facs et les rues de tout l’Occident en 1968. Alors, tous ces jeunes en quête de sens, avides d’ouvrir leurs horizons et leurs consciences et amateurs de voyages en tout genre tournèrent la tête vers l’est. Et la route de l’Asie s’ouvrit. Si l’Europe avait semblé exotique à leurs parents, le monde entier s’ouvrait à eux, et les surprises délicieuses qui les attendaient en certains lieux leur paraissaient la récompense naturelle de toute aventure.
Maureen et moi avons commencé notre voyage vers l’Orient à la mi-1972 à bord d’une vieille voiture à trois sous déglinguée que nous étions préparés à laisser sur place pour continuer à pied si elle nous lâchait. Elle nous emmena de Londres à Kaboul, en Afghanistan. En regardant en arrière, ce premier “grand voyage” fut une suite d’instants magiques dont les couleurs n’ont rien perdu de leur éclat aujourd’hui. La Turquie fut notre premier contact avec l’Orient et un monde différent. Il semblait logique que le saut de l’Europe à l’Asie – la traversée du Bosphore – se fasse en ferry. Il était aussi normal que le premier pont reliant les côtés est et ouest d’Istanbul soit en voie d’achèvement juste en amont du trajet de notre bateau, car “les hommes et les temps changeaient“.
La chance a tourné en tous sens dans tant d’endroits depuis notre premier passage. À l’époque, l’Iran était un pays plein de possibilités et pourtant soumis à des conflits et à des luttes internes. Il allait bientôt sombrer aux mains des chefs religieux qui l’étouffent encore aujourd’hui. L’histoire de l’Afghanistan, pays qui nous charma et nous terrifia tour à tour, est encore plus triste. Il fut peu après emporté dans un maelström de violence d’une intensité horrifiante.
Le Pakistan était, et reste, un pays au potentiel immense n’ayant abouti qu’à des résultats insignifiants. À l’époque, les voyageurs le traversaient à toute vitesse, attirés vers l’est et les grandes attractions de l’Inde ; aujourd’hui, ils l’évitent. L’Inde dépassait l’imagination en 1972 et c’est toujours le cas à l’heure actuelle, mais il faut savoir que le nombre de visiteurs qu’elle attire est en fait très limité. Pour nous, le Népal, et particulièrement Katmandou, était la base enchantée de l’arc-en-ciel, l’endroit pour lequel on avait le coup de foudre instantané. Malgré ses troubles récents, je l’ai toujours aimé, et je croise les doigts pour que ce royaume des montagnes arrive à surmonter ses problèmes. S
i le Népal était une extrémité de l’arc-en-ciel, c’était aussi le point de départ d’un autre. D’Inde, nous avons sauté en Thaïlande, qui était alors une destination mystérieuse réservée aux routards purs et durs, et aussi aux “camps de repos“ où récupéraient les soldats de la guerre du Vietnam proche. Nous avons traversé la Malaisie en stop et sommes restés un moment à Singapour, la cité-État embrumée qui allait se métamorphoser en l’un des plus grands succès économiques mondiaux. Comme la plus grande partie du monde à l’époque, nous ne connaissions et ne comprenions pas grand-chose de l’Indonésie, qui émergeait alors des terreurs des pires années de la dictature Sukarno. Bali nous charma instantanément.
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Tony Wheeler